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Réunis dans la capitale éthiopienne du 29 au 30 janvier dernier dans le cadre du 8e sommet de l’Union Africaine (UA), les chefs d’Etats et de gouvernements du continent africain ont confié au Ghana les rênes de l’organisation panafricaine. C’est donc désormais John Kuffuor qui présidera aux destinées d’un continent toujours en proie aux maux tels que les guerres, la famine, la maladie, le retard technologique, et surtout les réticences à l’alternance démocratique. Le Ghana vient ainsi d’être couronné à la veille de ses 50 ans d’indépendance (6 mars 1957). Beaucoup de dossiers attendent donc le président Kuffuor à l’instar de la crise au Darfour (Soudan), le conflit ivoirien…. Mais au-delà de ces crises, bon nombre d’analystes estiment qu’avec cette nouvelle casquette, le leader ghanéen pourrait avoir une certaine influence dans la résolution de la crise togolaise.

En portant leur choix sur le Ghana au détriment du Soudan pour diriger l’UA, les chefs d’Etats et de gouvernements africains ont d’une manière ou d’une autre sanctionné leur homologue soudanien qui s’oppose non seulement à l’envoi d’une force d’interposition onusienne au Darfour mais aussi ne fait rien pour régler cette crise qui aurait déjà fait plus de 200 000 morts et des milliers de déplacés.

Cette décision de l’UA conforte également la position des organisations internationales de défense des Droits de l’Homme dont Human Rights Watch qui avaient demandé avant même le début des travaux que la présidence de l’UA ne soit jamais concédée au dirigeant soudanien. Le président tchadien, Idriss Déby Itno qui s’est aussi opposé à une présidence soudanienne peut dès lors se frotter les mains. L’intéressé qui intervenait hier sur les antennes de Radio France Internationale (RFI) s’est réjoui de cette décision et à même accusé ses pairs du continent de « n’avoir rien fait pour condamner le Soudan » pour son soutien aux rebelles du Socle pour le Changement, l’Unité et le Développement (SCUD) de Yaya Diallo et du Général Séby Aguid.

Les dossiers brûlants

Il est désormais acquis que pour l’année 2007, la résolution des crises en Afrique passera d’une certaine manière par le moule de la diplomatie ghanéenne. Ce rôle de régulateur des conflits s’annonce rude pour Kuffuor qui, il faut l’avouer ne dispose forcément pas d’une grande carrure sur le plan international à l’instar d’un Olésugun Obasanjo du Nigeria ou d’un Thabo N’beki de l’Afrique du Sud.

Au nombre de ces conflits, il y a le très fragile processus de normalisation de la situation somalienne qu’il faut dans un premier temps chercher à consolider. De l’autre côté, le conflit au Tchad. Même si les « coups de botte et les canons » se sont tus pour le moment, le pays n’est pas toujours à l’abri d’une « résurrection des rebelles ». Il en est de même pour la République Centrafricaine.

Le fumant dossier de Darfour devra aussi occuper une bonne partie de l’agenda du nouveau président de l’UA. Dans cette crise, il se dégage une forme d’inertie de la part de la communauté internationale en ce qui concerne sa résolution.

Il revient à John Kuffuor de trouver un remède à cet épineux problème. Mais il ne faut pas se leurrer. A priori, il faut se demander si Kuffuor peut réussir là même où son concitoyen, Koffi Annan et la toute puissante Organisation des Nations Unies (ONU) ont échoué ?

D’autres dossiers et non des moindres attendent également le dirigeant ghanéen. Il s’agit notamment de l’affaire Hussein Habré (l’ancien président tchadien réfugié au Sénégal et accusé d’avoir massacré des dizaines de ses compatriotes) d’une part et d’autre part celle de Charles Taylor (considéré comme le principal investigateur des conflits qui ont ensanglanté son pays, le Libéria et la Sierra Léon et dans une moindre mesure la Guinée) dont le procès est renvoyé en juin prochain. Peut-être le président ghanéen va-t-il s’appuyer sur le Comité des Sages (créé par le 8e sommet et composé de 5 personnalités les plus respectées en Afrique pour chercher les moyens de gestion et de prévention des conflits) sur le continent.

Au niveau de la CEDEAO

La situation socio politique dans la sous-région ouest africaine est préoccupante. La crise ivoirienne n’est toujours pas résolue. Même si le dossier est aujourd’hui confié au président en exercice de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), le président Blaise Compaoré, la « crise identitaire », le nœud du conflit (selon Guillaume Soro, le secrétaire général des Forces Nouvelles, l’ex rébellion ivoirienne) paraît très sensible et risque de faire perdurer les rivalités entre le Nord et le Sud. Dans ce cas, le nouveau patron de l’UA doit batailler dur.

Par ailleurs, John Kuffuor devra œuvrer également pour une consolidation des délicates stabilités politiques au Libéria, au Sierra Léone et en Guinée Bissau. Sur ces points, le président Kuffuor pourrait s’appuyer sur son homologue burkinabé.

La question togolaise

Le Ghana est considéré comme l’un des complices passif de la succession « dynastique » de Faure Gnassingbé au pouvoir aux lendemains de la disparition de son père Eyadema après ses 38ans de dictature à la tête du Togo.  Et pour cause. De son vivant, le président Eyadema avait toujours soutenu John Kuffuor (aide logistique pendant les différentes campagnes électorales) l’un des opposants de l’ancien président ghanéen, John Jerry Rawlings jusqu’en 2000. Les autorités togolaises soupçonnaient à l’époque le capitaine de l’aviation ghanéenne d’être en connivence avec les opposants togolais surtout Gilchrist Olympio. Aussi, les dirigeants togolais ont-ils toujours vu derrière toutes attaques avérées ou inventées contre le pouvoir d’Eyadema, une conspiration du leader de la National Democratic Congress (NDC, le parti de Rawlings). C’est donc sans surprise que Kuffuor à tout fait pour entourer son gendre, Faure Gnassingbé de ses soins, à la suite  de son « élection » du 24 avril 2005.

Par ailleurs, cette élection de Kuffuor à la tête de l’UA intervient à un moment où le Togo se prépare encore à un nouveau scrutin ; les législatives de juin. Le Togo étant « mauvais élève en matière électorale », beaucoup de doutes subsistent en ce qui concerne la transparence des futures échéances. Si les élections prévues normalement pour le 24 juin devraient avoir lieu, ce devrait donc sous la présidence allemande de l’Union Européenne (UE).

Il y a quelques temps, Faure Gnassingbé dans une interview accordée à Jeune Afrique avait lui-même émis des réserves sur «l’hostilité» allemande vis-à-vis du Togo.

Réagissant à la désignation du Ghana dans une déclaration publiée par le site officiel du gouvernement togolais, un responsable de la délégation présidentielle au sommet de l’UA disait à propos de l’élection de Kuffuor : « c’est un bon choix d’autant plus que le président John Kuffuor est un voisin mais aussi un ami ». Sans aucune autre mesure, Lomé trouve en Kuffuor un autre protecteur, quelqu’un qui peut défendre encore ses causes même si le grand « parrain », le président français Jacques Chirac est sur le point de faire ses valises à l’Elysée.

L’échec de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) dans la résolution de la crise née de la succession controversée de Faure Gnassingbé au pouvoir aux lendemains de la mort de son père a porté un coup dur à la crédibilité de cette organisation. Dans un souci de redorer son blason au Togo, on peut imaginer que pour les prochaines législatives, les dirigeants ouest africains adoptent une neutralité en laissant les acteurs politiques togolais jouer librement le « jeu électoral ». Kuffuor peut-il encore jouer à l’amitié sans faille avec le régime de Faure Gnassingbé ? Quelle sera alors son choix entre alliance et surveillance ?

Ce qui est sûr aujourd’hui, la communauté internationale dans ses approches de solutions aux crises en Afrique, s’appuie sur les décisions des ensembles régionaux. Dans ces conditions, John Kuffuor ne peut s’extraire de la CEDEAO. Il devra composer avec son homologue burkinabé, Blaise Compaoré qui est le président en exercice de l’organisation sous régionale mais aussi le facilitateur dans la résolution de la longue crise socio politique au Togo. Il   a par conséquent une grande responsabilité à jouer dans ce processus. Celui de conduire sa médiation à terme avec à la clé l’organisation d’élections libres et transparentes au Togo.

Les relations entre le Togo et le Burkina Faso se sont détériorées avant la mort de Gnassingbé Eyadema. Les deux capitales s’accusaient mutuellement d’activités subversives. Mais, Faure Gnassingbé en quête d’une certaine consolidation de son jeune pouvoir « acquis grâce aux canons des Forces Armées Togolaises », s’est lancé dans une opération de charme en direction de ses voisins pour renforcer ses frontières. L’offensive diplomatique tous azimuts a fini par payer. Tout a été donc fait par Lomé pour inspirer confiance à Ouagadougou qui a besoin d’une ouverture sur la mer. De l’autre côté, à l’Est, le Bénin de Yayi Bony ne constitue aucun problème pour le pouvoir de Faure Gnassingbé. Quant au Ghana, il fera l’objet de doutes à cause des relations « familiales » et « authentiques africaines » qui lient les deux chefs d’Etat.

En somme, les 12 prochains mois de Kuffuor à la tête de l’UA peuvent apporter une certaine crédibilité à la diplomatie ghanéenne à condition que les acteurs politiques africains s’inscrivent dans une logique de développement et de démocratie. Les Togolais pour leur part attendent de voir à nouveau, l’attitude de ces organisations pendant les prochaines échéances électorales qui devront relancer le pays sur de nouvelles bases. Et le Ghana, devra prouver, qu’à la place du Soudan, il n’a pas démérité.